Cuisine & Recettes

Le vitello tonnato : la vraie recette italienne

Giulia Marino22 septembre 2026⏱ 6 min de lecture

Le vitello tonnato est l’un des plus beaux trésors de la cuisine du Piémont : de fines tranches de veau cuit puis refroidi, généreusement nappées d’une sauce crémeuse au thon, aux câpres et aux anchois. On le déguste toujours bien froid, en antipasto ou en plat léger les jours d’été. Voici la vraie recette, celle que l’on prépare de Turin à Asti, avec ses proportions justes et les gestes qui font toute la différence.

L’essentiel du vitello tonnato en un coup d’oeil

  • Origine : le Piémont, où on l’appelle « vitel tonné » en dialecte
  • Le veau : un rond ou une noix, poché doucement puis refroidi avant d’être tranché très finement
  • La sauce : thon à l’huile, anchois, câpres, mayonnaise et un trait de citron
  • Le service : froid, nappé de sauce, décoré de câpres entières
  • Le secret : laisser refroidir la viande dans son bouillon pour qu’elle reste fondante

D’où vient le vitello tonnato ?

Contrairement à ce que l’on croit souvent, le vitello tonnato n’est pas une invention récente. On en trouve déjà la trace au XIXe siècle dans les cuisines bourgeoises du Piémont, où le veau bouilli faisait partie du répertoire familial. À l’origine, la sauce ne contenait ni oeuf ni mayonnaise : le thon, les anchois, l’huile et le citron étaient simplement pilés ensemble puis passés au tamis. La version onctueuse à la mayonnaise que nous connaissons aujourd’hui s’est imposée plus tard, au XXe siècle. Les deux écoles coexistent encore, et chaque famille défend la sienne avec passion.

Les ingrédients de la vraie recette (pour 4 personnes)

Pour le veau

  • 600 g de rond de veau (noix, sous-noix ou quasi)
  • 10 cl de vin blanc sec
  • 1 oignon piqué de 2 clous de girofle
  • 1 carotte, 1 branche de céleri, 1 feuille de laurier
  • 2 filets d’anchois, sel, poivre

Pour la sauce tonnée

  • 200 g de thon à l’huile d’olive bien égoutté
  • 4 filets d’anchois
  • 2 cuillères à soupe de câpres (plus quelques-unes pour le décor)
  • 2 jaunes d’oeufs bien frais
  • 200 ml d’huile neutre ou d’huile d’olive douce
  • le jus d’un demi-citron
  • quelques cuillères du bouillon de cuisson

Comment cuire le veau pour qu’il reste fondant ?

Tout commence par la viande. Une cuisson trop vive ou trop longue la dessèche, alors que l’on cherche au contraire un veau tendre qui se tranche comme un ruban. Voici la marche à suivre.

  1. Salez et poivrez le rond de veau, puis saisissez-le rapidement dans un filet d’huile pour le colorer sur toutes ses faces.
  2. Déglacez avec le vin blanc, ajoutez l’oignon clouté, la carotte, le céleri, le laurier et les deux anchois. Couvrez d’eau à hauteur.
  3. Portez à frémissement puis laissez cuire à feu très doux, à couvert : comptez 40 minutes pour un rond, 20 à 25 minutes seulement pour un filet.
  4. Le geste qui change tout : coupez le feu et laissez la viande refroidir dans son bouillon. Elle y gagne un moelleux incomparable.
  5. Enveloppez le veau bien froid dans un film puis placez-le au réfrigérateur au moins 3 heures, idéalement toute une nuit. Une viande froide et ferme se tranche beaucoup plus finement.

La sauce tonnée : trouver le juste équilibre

Ici se joue l’âme du plat. La sauce doit être crémeuse et savoureuse sans jamais écraser la finesse du veau.

  1. Préparez d’abord une mayonnaise classique : montez les jaunes d’oeufs avec l’huile versée en filet, jusqu’à obtenir une texture ferme.
  2. Mixez à part le thon égoutté, les anchois, une cuillère de câpres et le jus de citron pour obtenir une crème lisse.
  3. Incorporez délicatement cette crème de thon à la mayonnaise. Détendez avec une ou deux cuillères de bouillon froid jusqu’à une sauce nappante, ni trop épaisse ni trop liquide.
  4. Goûtez avant de saler. Entre le thon, les anchois et les câpres, le sel est souvent déjà présent en quantité suffisante.

La bonne sauce doit napper le dos d’une cuillère sans couler. Trop épaisse, elle masque le veau ; trop liquide, elle noie l’assiette. Cet équilibre est le vrai secret d’un vitello tonnato réussi.

Le dressage : l’art du nappage et des câpres

Tranchez le veau très finement, à 2 ou 3 millimètres d’épaisseur, puis disposez les tranches en les faisant légèrement se chevaucher sur un grand plat. Nappez-les de sauce tonnée à la cuillère, en une couche régulière et brillante. Parsemez de câpres entières, ajoutez un tour de zeste de citron, un filet d’huile d’olive et quelques feuilles de persil plat. Servez frais mais pas glacé : sortez le plat du réfrigérateur un quart d’heure avant de passer à table, les arômes n’en seront que plus expressifs.

Les erreurs à éviter absolument

  • Trancher le veau tiède : il s’effrite. Attendez qu’il soit parfaitement froid.
  • Des tranches trop épaisses : le plat devient lourd et perd sa délicatesse.
  • Une sauce trop salée : goûtez toujours avant d’ajouter du sel.
  • Du thon au naturel : préférez le thon à l’huile, plus moelleux et plus parfumé.
  • Un service trop froid : sorti à la dernière seconde, le plat reste muet en bouche.

Comment le conserver et le préparer à l’avance ?

Bonne nouvelle : le vitello tonnato est le plat parfait à anticiper. Il se conserve 2 à 3 jours au réfrigérateur, dans un plat filmé au contact. Mieux encore, il est souvent meilleur le lendemain, lorsque les saveurs ont eu le temps de se marier. Pour une préparation à l’avance, gardez la viande et la sauce séparément puis assemblez au dernier moment, afin que les tranches ne se dessèchent pas. En revanche, évitez la congélation : la sauce à base d’oeuf supporte mal le froid et se sépare à la décongélation.

Questions fréquentes sur le vitello tonnato

Peut-on le préparer la veille ?

Oui, et c’est même conseillé. La viande gagne à reposer une nuit au frais et la sauce se bonifie. Assemblez de préférence quelques heures avant le service.

Quel morceau de veau choisir ?

Le rond, la noix ou la sous-noix conviennent parfaitement à une cuisson lente. Le filet fonctionne aussi, avec une cuisson plus courte de 20 à 25 minutes.

Faut-il de la mayonnaise dans la sauce ?

La version moderne l’utilise pour l’onctuosité. La version historique piémontaise s’en passe et lie la sauce avec de l’huile et un jaune d’oeuf dur. Les deux sont authentiques.

En antipasto ou en plat principal ?

Les deux. Servi en fines tranches, il ouvre à merveille un repas à l’italienne. En portion plus généreuse avec une salade et du bon pain, il devient un plat d’été à part entière.